Temps de jeu:
1326 minutes
Quand [i]Hitman[/i] rencontre [i]Uncharted[/i], cela donne [i]007 First Light[/i], une [i]origin story[/i] convaincante et plaisante, qui conjugue habilement trois registres :
- l'infiltration, avec des approches variées qui garantissent la rejouabilité,
- l'action, où les [i]headshots[/i] pleuvent lors de phases aussi jouissives que nerveuses, d'autant que la rareté des munitions incite à jongler d'une pétoire à l'autre,
- la narration, à travers des cinématiques à la mise en scène léchée, donnant corps à un récit intéressant quoique dépourvu de surprises.
Le rythme de [i]First Light[/i] est intense : le joueur devient rapidement captif de ce triptyque, à mesure que les destinations plus ou moins exotiques s'enchaînent. Les transitions, sans temps mort ni chargement, assurent une cadence soutenue, d'autant que de nombreux dialogues s'intègrent à la progression, quand notre agent se retrouve accompagné. Ces scènes bénéficient en outre de l'esprit mordant et du charme naturel de Bond, campé avec brio par Patrick Gibson. Son personnage collectionne aussi bien les répliques affûtées que les conquêtes assumées. Si l'intrigue manque de rebondissements, l'écriture soignée des personnages, emmenée par des acteurs impliqués, compose une galerie de protagonistes attachante.
Sans être photoréaliste, le jeu profite d'environnements variés et finement réalisés, où l'abondance de détails s'associe à une forte densité de PNJ pour crédibiliser l'ensemble. Le dernier né d'IO Interactive ronronne par ailleurs techniquement, sans nécessiter de trifouiller les paramètres graphiques ; un confort devenu trop rare de nos jours pour ne pas être salué. À ces décors soignés, s'associe une bande-son malheureusement trop discrète, au-delà du thème principal composé par Lana Del Rey. L'indicatif musical iconique de 007 est bien présent, mais par bribes, comme si les notes de jazz cherchaient leur place à mesure que James Bond se façonne sous nos yeux.
Le titre est très simple à prendre en main, mais cette accessibilité exacerbée va de pair avec différents écueils :
- Votre montre à gadgets se "recharge" magiquement en touchant des appareils électroniques ou de simples produits ménagers. Ces objets envahissent les niveaux sans réelle cohérence.
- Seuls quelques rares marqueurs d'escalade ne se révèlent qu'en scannant. Trop souvent, le jeu a recours aux prises et autres tuyaux colorés pour baliser le chemin : scotch jaune, peinture blanche, bâches bleues, et même tuyaux ou câbles vivement colorés. J'aurais préféré que ces artifices soient réservés au premier niveau de difficulté. En l'état, il y a vraiment de quoi s'anesthésier le bulbe...
- ... un mal dont souffre la totalité des ennemis. Si cette IA rudimentaire rend les affrontements satisfaisants à mesure que les [i]headshots[/i] s'accumulent, les phases d'infiltration en pâtissent sensiblement. On peine à imaginer comment ces organisations criminelles peuvent recruter autant de demeurés, aussi aveugles que sourds.
- Lors des combats, vos adversaires commentent en permanence la situation : ils annoncent être aveuglés, avoir perdu votre trace, recharger ou s'apprêter à lancer une grenade. Le dernier survivant va même jusqu'à signaler qu'il est effectivement le seul encore debout, au cas où vous auriez un doute.
- Les arènes de combat regorgent de barils explosifs et autres éléments de décor utiles, opportunément plantés là au seul bénéfice du joueur.
- Quant aux énigmes, elles ne solliciteront guère vos méninges. Les bouts de papier distillant des indices pullulent, même dans les lieux les plus avancés technologiquement, là où la sécurité devrait pourtant constituer un prérequis élémentaire.
Il vous faudra une vingtaine d'heures pour voir défiler les crédits de l'histoire. Vous pourrez ensuite revivre à votre guise certains passages, grâce à une sélection de chapitres généreuse, par ailleurs idéale pour récupérer les collectibles que vous auriez ratés. Mais surtout, le jeu accueille un mode TacSim bien pensé, permettant de revisiter à loisir certaines missions assorties d'objectifs complémentaires, et de tenter de battre votre meilleur score sur des terrains inspirés de ceux de l'aventure principale. De quoi prolonger le plaisir et, éventuellement, compenser cette durée de vie contenue pour un titre commercialisé au prix fort. Bonne nouvelle : les développeurs prévoient déjà d'enrichir ce mode.
[b][i]007 First Light[/i] est un très bon cru[/b]. Tous les ingrédients de la saga sont présents, de l'humour aux gadgets, en passant par les marques indissociables de l'espion britannique. Ce James Bond imaginé par IO Interactive repose sur des fondamentaux solides, alliant infiltration, action et narration, pour ouvrir la voie à une franchise durable. Le jeu amorce en effet plusieurs pistes scénaristiques, et introduit des personnages qui gagneraient à être davantage développés. Vivement le prochain opus... Après tout, que ne ferait-on pas pour l'Angleterre ?
Mes autres remarques :
- Une certaine maîtrise de la langue de Shakespeare s'impose pour apprécier la saveur de certains échanges sans recourir aux sous-titres, car il n'y a pas de doublage en français.
- Les décors dignes de cartes postales (un collectible d'ailleurs) se succèdent mais le jeu ne propose pas de mode photo.
- Les personnages ont parfois du mal à se regarder lors des discussions.
- On peut désactiver les grenades mais pas les retourner à l'envoyeur.
- Les phases d'infiltration auraient sans doute gagné à ce que l'on puisse déplacer les corps, même si la variété des approches permet déjà de s'amuser pleinement.
- Le titre embrasse avec ferveur les standards contemporains de la diversité, au point d'offrir au MI6 un brassage ethnique évoquant plus une production Netflix que le service de renseignement de Sa Majesté. Cela reste de la fiction, mais un surplus de cohérence n'aurait pas nui, chose dont le jeu est capable (cf. le personnel du Pearl au Vietnam).
- Une faute m'a fait bondir, lorsqu'un objectif m'invitait à "Atteigner" un lieu.
- Impossible de faire fonctionner le raccourci de la Q-Watch (Alt par défaut) sur un bouton latéral de ma souris. C'est le seul pépin technique que j'ai relevé.
👍 : 40 |
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